Raphael Group Limited : Création de chaînes d'approvisionnement agricoles transformatrices en matière d'égalité des sexes en Tanzanie

Résumé

Raphael Group Limited (RGL), implantée dans la région des Hauts Plateaux du Sud de la Tanzanie, a mis en œuvre un modèle commercial très inclusif par le biais de son consortium, Upper Southern Highlands Rice and Beans. Ce projet a permis d'accroître le soutien aux petits exploitants agricoles, en mettant l'accent sur l'autonomisation des femmes et des jeunes. RGL s'est concentrée sur la fourniture de services adaptés, tels que la formation, l'accès au financement et la mise en relation avec les marchés. Un élément clé des interventions de RGL en matière d'égalité des sexes a été la création et le renforcement de 23 groupes de petits exploitants agricoles exclusivement féminins, touchant ainsi environ 42 000 agricultrices grâce à des services spécifiques. Grâce à ces efforts, RGL a constaté une augmentation significative de ses volumes de riz et de haricots, avec une hausse de 87 % pour le riz et de 163 % pour les haricots. En impliquant davantage d'agricultrices, dont le taux de remboursement des crédits était plus élevé (98 %) que celui des hommes (70 %), RGL a réussi à développer son activité avec un risque moindre.

Comment RGL pilote-t-il GTBM ?

Afin de s’attaquer aux causes profondes des inégalités entre les sexes tout en soutenant la mise en œuvre de son GTBM, RGL a mis en œuvre les interventions suivantes en matière d’égalité des sexes dans ses composantes clés :

1. Stratégie de genre

  • RGL set a strategic goal to engage 60% of women and youth SHFs (from a total base of 42,500 farmers), with a strong emphasis on gender equity as a key pillar for achieving sustainable agricultural development.
  • The company also incorporated gender-specific staff within its organisational structure to oversee and ensure the effective implementation of its gender interventions.     

2. Collecte des données

  • Supported by a Farm Management Information System (FMIS), RGL implemented gender-disaggregated data collection to track and monitor farmer reach, access to services, yields, and procurement.
  • RGL leveraged learnings from women-only groups, using these insights to promote knowledge exchange with other heterogeneous farmer groups, fostering greater collaboration and shared learning.

3. Un lieu de travail inclusif

  • RGL created women-only groups, providing a safe space for women SHFs to work and learn. This initiative increased their access to collective resources such as land, inputs, and training, while also opening opportunities for additional revenue-generating activities like seed multiplication.

4. Consultation inclusive

  • By creating women-only groups, collecting gender-disaggregated data, and maintaining regular contact via gender-specific staff, RGL gained a deeper understanding of the unique needs of women SHFs.

5. Adaptation pour l'inclusion

  • RGL advanced credit to women’s groups, with a particular focus on beans farmers who traditionally struggle with access to finance.
  • The company partnered with banks to develop tailored financial products for women SHFs. By the end of the project, the product was ready for deployment at the bank.
  • RGL provided gender training at both farm and household levels. At the farm level, it focused on increasing women and youth participation in agricultural activities, ensuring women had access to and control over resources. At the household level, both women and men received training to encourage more equitable decision-making.
  • The company enhanced access to and control over credit inputs for women and youth (about 60% of its SHF base), empowering them to boost productivity and improve their financial stability and independence.

Pour mieux concrétiser les interventions en matière d'égalité des sexes mentionnées ci-dessus, RGL a mis en œuvre des groupes d'agricultrices novateurs, comme illustré ci-dessous :

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  1. RGL identifies and recruits SHFs from the community to start a commercial engagement (i.e., provision of services and produce offtake).
  2. From the recruited SHF base, RGL organises groups of women-only SHFs.
  3. With the support of a gender expert, RGL provides a holistic package of services tailored for the women SHF groups.The company offtakes the produce from the women SHF groups and pays them (settling outstanding balances from the provided services).
  4. In parallel, RGL carries out a similar commercial engagement with other regular SHF groups (without any gender disaggregation).
  5. RGL distills lessons from the gender-disaggregated engagements while fostering learnings exchange between SHFs groups.

Réalisations

RGL a obtenu plusieurs résultats, tant au niveau de l'entreprise (analyse de rentabilité) qu'au niveau des exploitations agricoles (analyse d'impact). Ces résultats découlent des interventions menées sur les composantes clés, des innovations spécifiques mises en œuvre et des éléments plus généraux du modèle économique de l'entreprise.

Étude de cas

  • Amélioration des achats : Grâce à son engagement efficace auprès des groupements d’agricultrices et des groupements mixtes, RGL a augmenté ses volumes d’approvisionnement en riz et en haricots de 87 % et 163 % respectivement au cours de la période 2022-2023. Cette croissance a été rendue possible par l’amélioration de la prestation de services, le financement des intrants (direct ou via un financement tripartite) et la formation aux bonnes pratiques agricoles. Par ailleurs, le renforcement des capacités d’approvisionnement de RGL a considérablement accru sa présence commerciale régionale, passant de 3 200 tonnes à 9 000 tonnes sur la même période.
  • Risques réduits : RGL a constaté une diminution des pertes sur créances dans le cadre de son engagement auprès de groupements exclusivement féminins. Les données de l’entreprise indiquent un taux de remboursement de 98 % pour les femmes, contre 70 % pour les hommes. Par ailleurs, les ventes parallèles sont nettement moins fréquentes au sein de ces groupements.
  • Relations renforcées : RGL, ses partenaires de coalition et les groupements d’agriculteurs s’accordent à dire que les petites exploitations agricoles gérées par des femmes sont de meilleures partenaires commerciales. Les entretiens montrent que les femmes sont plus enclines à adopter de nouvelles bonnes pratiques agricoles et à suivre des formations, moins susceptibles de faire défaut sur leurs crédits et ont tendance à investir plus judicieusement dans les besoins prioritaires de leur foyer. Les groupements de femmes se sont également révélés être des vecteurs efficaces pour tester de nouvelles innovations, telles que la multiplication des semences.
  • Augmentation des bénéfices : Globalement, le GTBM et les interventions de RGL se sont avérés rentables, l'entreprise générant un bénéfice net cumulé de 53 millions de dollars américains grâce aux ventes de riz et de haricots entre 2019 et 2025. Le GTBM a contribué à cette amélioration de la rentabilité grâce à des mécanismes tels que l'augmentation des volumes d'approvisionnement, l'amélioration de la prestation de services, le financement des intrants et une meilleure formation des agriculteurs.

Cas d'impact

  • Accès accru au financement : Les agricultrices travaillant avec RGL ont bénéficié d’un meilleur accès aux prêts agricoles. Selon les organisations agricoles et les banques, cela s’explique par un taux de remboursement plus élevé et un risque de défaut de paiement plus faible chez les femmes, ce qui les rend plus solvables que leurs homologues masculins.
  • Renforcement de l'autonomisation des femmes : Le projet de RGL a renforcé l'autonomie des agricultrices et amélioré leur position dans la chaîne de valeur. Des entretiens menés auprès de groupes exclusivement féminins ont révélé des résultats positifs, notamment une augmentation des revenus, un meilleur contrôle des ressources et une influence accrue sur les décisions familiales.
  • Amélioration de la dynamique familiale : RGL a dispensé une formation sur l’égalité des sexes au sein des ménages, à destination des femmes et des hommes, favorisant ainsi un processus décisionnel plus équitable et remettant en question les normes de genre traditionnelles. Les retours des organisations agricoles ont souligné le rôle essentiel de cette formation dans l’amélioration de la dynamique décisionnelle des ménages.

Certains résultats de l'étude d'impact au niveau des exploitations agricoles sont illustrés dans le graphique ci-dessous. Ce graphique présente les changements observés chez les agricultrices travaillant avec RGL dans la filière des haricots sur une période de trois ans de collaboration commerciale. Ces changements mettent en évidence des améliorations dans plusieurs domaines, notamment : (a) un meilleur accès à des intrants de qualité et à des financements, (b) une augmentation de la production et des ventes de récoltes, et (c) une réduction des pertes de récoltes.

Changements constatés chez les agricultrices (haricots)

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Le graphique ci-dessus illustre les changements observés chez 53 agricultrices (impliquées dans la filière haricot) travaillant avec RGL sur une période de trois ans. Il couvre différents indicateurs de performance au niveau de l'exploitation, notamment la production et la vente des récoltes, la résilience climatique et l'accès aux services. La diminution des pertes de récoltes est considérée comme un résultat positif.

Conseils pour la réplication des composants GTBM

Contexte

  • Les groupes exclusivement féminins sont particulièrement efficaces dans les contextes où la collectivisation des agriculteurs en groupes est courante, comme en Tanzanie.

Meilleures pratiques

  • L'intégration d'une équipe ou d'un expert en matière de genre au sein du personnel de l'entreprise est essentielle pour gérer les aspects liés au genre du GTBM, tels que l'analyse des données ventilées par sexe et les consultations sur mesure.
  • Dispenser les sessions de formation par du personnel féminin renforce la participation des agricultrices, car les normes de genre peuvent limiter leur capacité à interagir avec des formateurs masculins.
  • L’établissement de partenariats avec des institutions financières, de préférence par le biais d’accords de financement tripartites, et la mise en place de solutions de crédit sur mesure pour les groupes de femmes sont essentiels pour parvenir à l’inclusion financière.
  • La mise en œuvre d’un système d’information de gestion agricole (SIGA) permet une gestion efficace des données des agriculteurs ventilées par sexe, le suivi des performances, le suivi des besoins et l’adaptation des services en conséquence.
  • Les groupes SHF exclusivement féminins devraient être géographiquement proches des groupes SHF réguliers afin de promouvoir l'échange de connaissances, de démontrer l'efficacité des interventions en matière d'égalité des sexes et d'encourager la participation d'un plus grand nombre d'agricultrices.

Conditions habilitantes

  • Les candidates aux groupes exclusivement féminins devraient déjà être agricultrices afin de permettre à l'entreprise de se concentrer sur les problématiques liées au genre, plutôt que de partir de zéro en matière de renforcement des capacités agricoles.
  • Le partenariat avec les groupes collectifs de femmes existants aide l'entreprise à renforcer et à formaliser les structures sociales établies, rendant ainsi ses interventions plus efficaces et durables.
  • Dans les contextes où les normes de genre l'exigent, l'obtention du consentement et du soutien des maris ou des membres masculins de la famille est essentielle pour assurer la réussite des activités des groupements d'agricultrices.

Risques et défis majeurs

  • Les institutions financières traditionnelles considèrent souvent l'agriculture comme une activité à haut risque en raison du manque de garanties suffisantes, ce qui limite l'accès au financement pour les agricultrices. Cela constitue un obstacle aux mesures favorisant l'égalité des sexes, telles que le préfinancement des intrants, la location de matériel et la rémunération du travail.
  • Les risques liés au climat, tels que les inondations, les sécheresses et les vagues de chaleur, peuvent entraîner des défauts de paiement et des pertes de crédit importantes, malgré les efforts considérables déployés par les groupements d'agricultrices. Si les infrastructures d'irrigation et l'assurance récolte peuvent atténuer ces risques, elles nécessitent des investissements substantiels de la part de l'entreprise.
  • Les entreprises peuvent considérer l'implication d'un expert ou d'une équipe spécialisée dans l'égalité des sexes comme une simple exigence pour certains projets ou subventions. Un manque d'engagement de la direction peut nuire à l'efficacité et à la pérennité des initiatives en matière d'égalité des sexes.